Les sages du Conseil Constitutionnel ont rendu le 4 mai 2012 une décision cohérente sur le plan juridique et désastreuse sur le plan pratique.
Il est incontestable que l'article 222-33 du Code Pénal était rédigé sur une boucle logique (doit être poursuivi pour
harcèlement celui qui harcèle). Et il est non moins logique de supprimer le plus rapidement possible les textes de loi qui contreviennent au principe général de spécialité des incriminations
pénales.
Cependant, le résultat d'une annulation immédiate reste catastrophique: pour les victimes présumées bien sûr, pour les services
judiciaires aussi, et pour l'ordre juridique interne en général.
En ne prévoyant aucun délai d'application pour la mise en oeuvre de cette annulation (à la différence de ce qui a été préconisé pour d'autres textes prévoyant des obligations positives de mise en conformité), le Conseil Constitutionnel a réellement constitué un vide juridique. Un fait que jusqu'à présent, les juristes ne pouvaient même imaginer.
Il existait en effet des dispositions législatives incomplètes, parfois des dispositions incohérentes. Et en matière
administrative, il y a eu des cas d'annulation amenant à considérer l'inexistence d'un certain nombre d'actes, parfois "récupérés" par des lois de circonstances.
Mais la disparition brutale d'une loi , tenant à la qualité de sa motivation est un fait qui ouvre une profonde brèche dans
l'ordre juridique interne.
Les Français , partisan d'un ordre légal se réveillent Anglais, dans un système de Common Law.
Car c'est désormais la jurisprudence du Conseil qui aura vocation à faire la loi. La jurisprudence d'une cour suprême ou peuvent siéger ceux qui ont fait la loi qu'ils auront vocation à juger ( en l'occurrence les anciens présidents de la République, mais aussi certains parlementaires).
Le système judiciaire français est donc plus que jamais à la croisée des chemins.
Autant par les moyens qui lui sont dévolus, qui chaque jour, du fait de leur faiblesse justifient le possible engagement de sa responsabilité, que par son fonctionnement même, qui laisse à une instance dont la composition l'expose à la critique (défaut d'impartialité, et donc, absence d'accès à un tribunal impartial tel que défini par les normes européennes).
Que l'on ne s'y trompe pas: cette situation n'aura qu'un temps.
Dans un an, dans deux ans, les bases de la composition du Conseil Constitutionnel seront réformés.
Quant à sa jurisprudence issue de la question prioritaire de constitutionnalité, d'une manière ou d'une autre, elles finiront
par être encadrées.