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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 14:54

Les sages du Conseil Constitutionnel ont rendu le 4 mai 2012 une décision cohérente sur le plan juridique et désastreuse sur le plan pratique.

Il est incontestable que l'article 222-33 du Code Pénal était rédigé sur une boucle logique (doit être poursuivi pour harcèlement celui qui harcèle). Et il est non moins logique de supprimer le plus rapidement possible les textes de loi qui contreviennent au principe général de spécialité des incriminations pénales.
Cependant, le résultat d'une annulation immédiate reste catastrophique: pour les victimes présumées bien sûr, pour les services judiciaires aussi, et pour l'ordre juridique interne en général.

En ne prévoyant aucun délai d'application pour la mise en oeuvre de cette annulation (à la différence de ce qui a été préconisé pour d'autres textes prévoyant des obligations positives de mise en conformité), le Conseil Constitutionnel a réellement constitué un vide juridique. Un fait que jusqu'à présent, les juristes ne pouvaient même imaginer.

Il existait en effet des dispositions législatives incomplètes, parfois des dispositions incohérentes. Et en matière administrative, il y a eu des cas d'annulation amenant à considérer l'inexistence d'un certain nombre d'actes, parfois "récupérés" par des lois de circonstances.
Mais la disparition brutale d'une loi , tenant à la qualité de sa motivation est un fait qui ouvre une profonde brèche dans l'ordre juridique interne.
Les Français , partisan d'un ordre légal se réveillent Anglais, dans un système de Common Law.

Car c'est désormais la jurisprudence du Conseil qui aura vocation à faire la loi. La jurisprudence d'une cour suprême ou peuvent siéger ceux qui ont fait la loi qu'ils auront vocation à juger ( en l'occurrence les anciens présidents de la République, mais aussi certains parlementaires).

Le système judiciaire français est donc plus que jamais à la croisée des chemins.

Autant par les moyens qui lui sont dévolus, qui chaque jour, du fait de leur faiblesse justifient le possible engagement de sa responsabilité, que par son fonctionnement même, qui laisse à une instance dont la composition l'expose à la critique (défaut d'impartialité, et donc, absence d'accès à un tribunal impartial tel que défini par les normes européennes).

Que l'on ne s'y trompe pas: cette situation n'aura qu'un temps.

Dans un an, dans deux ans, les bases de la composition du Conseil Constitutionnel seront réformés.
Quant à sa jurisprudence issue de la question prioritaire de constitutionnalité, d'une manière ou d'une autre, elles finiront par être encadrées.

Par fomagistrats
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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 21:11

Depuis maintenant dix ans la Justice est soumise à une emprise qui a produit des ravages.

Aujourd'hui, 4 mai 2012, à la veille d'un scrutin essentiel,  il est plus que temps de la dénoncer.
Cette emprise c'est:

(roulement de tambour...) 

- Hein, quoi ? Vous voulez dire ? Vous voulez vous aussi vous en prendre à ... maintenant que les sondages ...?

Cette emprise c'est: Le TTR. 

Comment ? Mais alors ? C'est qui? C'est quoi ?

Nous répétons: Le TTR.

 

Le TTR dans le jargon des juridictions c'est le traitement en temps réel.

Pour parler simplement, il s'agit du procédé relatif à la prise de aux décisions de justice par les substituts  et vice-procureurs de la République présents dans les parquets qui reçoivent des appels téléphoniques qui leur parviennent des services de police et de gendarmerie (et plus largement les services d'enquête).

Le TTR a sonné le glas de la maîtrise des enquêteurs par les Procureurs.

Auparavant, les informations communiquées étaient traitées dans le cadre d'un service d'urgence spécifique, la permanence téléphonique ,comparable à un service d'urgences dans un hôpital "classique' qui orientait selon les éléments des dossiers. Au tournant des années 2000, le ministère de la Justice a jugé opportun de développer un nouveau système, afin d'augmenter le nombre des procédures traitées directement en urgence, ceci afin de réduire le "temps de réponse pénale".

Ce qui était dès avant cette date une fiction utile (le contrôle des forces de police par les parquets), est ensuite devenu au mieux un mythe, ou une légende, pour ne pas dire une comédie.

Désormais, la police appelle et le parquet répond. Il n'existe plus aucune maîtrise de l'urgence dans la mesure ou il n'est plus possible de la hiérarchiser dans les tribunaux.

Cette nouvelle procédure n'a pas eu que ce seul effet. Elle a également permis de dissocier de plus en plus le travail réellement fait de la formalisation de ce qui était fait, en un mot les statistiques.

Il aurait été logique, avec un tel système qui ne permettait plus aux juridictions d'avoir un outil de maîtrise de leur activité, d'augmenter  sensiblement les effectifs dans les parquets et surtout dans les juridictions de jugement afin de permettre de traiter les flux.
Mais, au final, il n'en fut rien. En réalité, les effectifs nécessaires au traitement de ces nouvelles urgences ont été pris sur le fonctionnement des autres services des tribunaux.
Il est bien sûr illusoire de croire que les augmentations d'effectifs ont été suffisants pour absorber ce nouveau mode de fonctionnement, dans la mesure ou dans le même temps, des dizaines d'autres réformes pénales mais aussi civiles ont impacté les juridictions (le Pacs par exemple, le "nom d'usage" aujourd'hui tombé aux oubliettes etc  etc), cela sans parler de l'augmentation globale de la population en 10 ans (2 millions d'habitants minimum...).

En fait, le TTR a creusé la tombe du "parquet à l'ancienne", celui qui conduisait localement une politique pénale adaptée à la réalité locale et aux moyens du tribunal ou il oeuvrait.

Désormais, les tribunaux connaissent eux aussi les joies du "reporting"statistique, tout comme celui du changement permanent (tout étant urgent tout le temps et les priorités d'urgence dans l'urgence étant régulièrement modifiées...).

Combien de marches séparent-elles les tribunaux du risque,  non pas de  devenir une administration "ordinaire" (comme si c'était au demeurant honteux...), mais de la privatisation pure et simple des objectifs et peut-être de ses moyens ?

Combien de temps ?

Combien d'alternances politiques potentielles ?

Par fomagistrats
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 23:54

Jacques Robert vice-procureur au Tribunal de Grande Instance de Tarascon, âgé de 64 ans, s'est donné la mort à son domicile d'Avignon, samedi dernier.

Nous avons une pensée pour lui, pour sa famille et ses proches, ainsi que ses collègues, qui ont été très surpris et choqués par ce décès brutal.

Par fomagistrats
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Dimanche 1 avril 2012 7 01 /04 /Avr /2012 21:38

Les personnes qui ont choisi de manifester à Paris, le 29 mars 2012 afin de protester contre les accusations portées par le Président de la République à l'encontre des agents des services de Justice et avant toute enquête, à la suite de l'affaire dite de Pornic, peuvent aujourd'hui célébrer un sombre anniversaire.

Cela fait désormais en effet un an que la façade sur la Seine du Palais de Justice de Paris est "emballée" par des annonceurs aussi divers que variés.
On se souvient en effet que la présence d'un placard géant posé à la veille de la manifestation nationale avait à juste raison été dénoncé hautement par tous les participants qui y avaient vu une marque supplémentaire de mépris envers l'institution judiciaire.

De flacons de parfums que nous nous retiendrons bien de citer en montres en passant par des automobiles et des ordinateurs, seul, le train à notre connaissance et selon la formule bien connue, n'est pas passé sur la façade de la première juridiction française.

Il n'y a pas de quoi rire.

Outre que cet affichage scandaleux marque la vente à l'encan des principes républicains parmi lesquels l'égalité devant la loi, il constitue également un obscurcissement au sens littéral du terme des vues ouvertes aux personnels travaillant dans la juridiction.

Car ceux-ci sont condamnés à être bâchés depuis un an déjà.

Un an de non-lumière, un an de fenêtres closes.

Voilà au final , ou mènent les partenariats publics-privés incontrôlés: au mépris du droit des personnels. Que le ministère de la Justice soit en pointe en la matière n'a rien de réjouissant...

Par fomagistrats
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Lundi 19 mars 2012 1 19 /03 /Mars /2012 23:04

Une nouvelle fois, la République Française va devoir assumer les conséquences d'une condamnation de son système judiciaire par la Cour Européenne des Droits de  l'Homme.Pour une fois, les conséquences sociales à l'origine de la condamnation sont limitées:le litige portait sur les conditions de la contestation de contraventions dressées pour des faits relatifs à la circulation routière.

Les derniers arrêts qui avaient défrayé la chronique étaient relatifs à une procédure intéressant un avocat (l'affaire dite France Moulins).

Ici, il s'agissait simplement de voir rappeler que l'Officier du Ministère Public ne pouvait exercer qu'un contrôle formel sur les conditions de la contestation d'une contravention dont il était saisi: dès lors qu'il était rendu  destinataire d'une contestation motivée (la seule condition requise ), la contestation de la décision initialement prise devait pouvoir relever du pouvoir  d'appréciation d'une juridiction (en l'espèce la juridiction de proximité). L'Officier du Ministère Public ne pouvait déclarer une procédure irrecevable que si celle-ci n'était pas motivée, ce qui n'était pas le cas en l'espèce.  A défaut, le droit à un recours effectif n'était pas garanti, ce que la Cour a sanctionné.

Au-delà de l'intérêt de l'espèce, il convient de s'interroger, moins sur ce que font ou pas les OMP, que sur la manière dont le fonctionnement du système judiciaire français est défendu devant la CEDH.

Car, mine de rien, ça commence à faire beaucoup.

On se souvient que l'arraisonnement d'un navire  en haute mer avait déjà failli entraîner un basculement total de l'organisation judiciaire française (c'est l'affaire dite Medveydyev) sans que la France parvienne à démontrer la légitimité de l'action de son ministère public (après la République n'a évité le pire qu'en démontrant in extremis que les personnes arraisonnées en mer avaient été présentées peu après leur arrivée sur le territoire national à un juge du siège).

Avec l'affaire France Moulin c'est la notion même de garde à vue qui a manqué s'effondrer tout à fait.

Pourtant, la logique de l'organisation judiciaire française est cohérente, même si elle peut être améliorée sur de nombreux points.Alors pourquoi un si grand nombre de condamnations de principe; Et surtout, ou en sont les condamnations relatives à la durée des procédures dont il y a fort à redouter qu'elles ne contribuent pas à redorer le blason des juridictions françaises?

Pourquoi une telle perte de cohérence ? Traduit-elle une perte d'influence ?Il serait temps de s'interroger...

Par fomagistrats
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